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Oser revivre (exposé de Myriam Tonus, théologienne)

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Lors du week-end des 18 et 19 octobre 08 pour personnes séparées et divorcées, Myriam Tonus, théologienne, nous a proposé de réfléchir au sens d'oser revivre, thème des deux journées.  Voici la mise en forme de notes prises lors de l'exposé et relues par l'auteur.

Préalables


Ce que je vais mettre sur la table n’est pas une vérité et je sais que je m’adresse à des personnes qui ne sont pas forcément croyantes. Simplement, je suis à l’écoute, j’ai travaillé les Ecritures et je vous partage ce que j’en entends.

Je n’aborderai pas la question institutionnelle de l’Eglise car elle sera évoquée cet après-midi. De plus, ce qui importe pour moi, sont les Ecritures ; l’institution ecclésiale est une organisation humaine, soumise à une parole qui dit que la loi est faite pour l’humain et pas l’inverse. Tout ce qui enferme l’humain n’est pas une bonne nouvelle. Quant aux lois elles-mêmes, elles évoluent… Tout chrétien est appelé à entrer dans une grande liberté. Attacher une importance démesurée aux prises de position du magistère, s’user dans la critique peut cacher une forme de contre-dépendance ; c’est là une dépense d’énergie à mes yeux inconsidérée. Il vaut mieux exercer la raison, centrale dans le christianisme (Thomas d’Aquin). La troisième raison de ne pas parler de la question institutionnelle : ce qui est premier dans la foi chrétienne n’est pas la morale mais le salut de l’être humain. La bonne nouvelle est : l’humain est sauvé ! Ce ne sont pas les dogmes qui sont premiers mais une parole qui dynamise la vie toute entière. Les dogmes ne sont que la mise en forme, a posteriori, de contenus de foi qui doivent d’abord être expérimentés, vécus. Une des spécificités du christianisme réside justement dans le fait que la foi est intimement intriquée dans notre vie de chair : « La gloire de Dieu, c’est l’humain vivant » (St Irénée).
On pourrait dire, à la suite de Maurice Bellet, que l’évangile, ce n’est pas  d’abord un contenu, mais un « style » de vie, une manière d’être : un homme, Jésus, indique un chemin, une voie/voix qui ne nous donne pas des préceptes pour toutes circonstances, pas de réponse immédiate… Les Ecritures sont un chemin qui s’offre pour éclairer et nourrir l’expérience humaine qui est la nôtre…

Mon exposé se divise en deux parties reprenant les deux mots du titre de ce week-end : Oser et Revivre.

OSER
Curieux, ce titre. Après une grave maladie, on dira plutôt que l’on revit ENFIN. Après une catastrophe, un deuil profond, on ESSAIE de revivre.
Alors, pourquoi OSER ? Il y a là comme une idée de transgression, de faire quelque chose qui ne s’impose pas nécessairement, d’oser quelque chose qui pourrait ne pas être et même ne devrait pas être. Il y peut même y avoir, en filigrane, une idée de culpabilité.
Or, l’échec humain n’est pas nécessairement la faute morale. Pensons à une mauvaise route : on s’est trompé parce qu’on n’a pas le sens de l’orientation. Par contre, quand il s’agit de relations humaines, on a tendance à évoquer rapidement le péché…
Dans les Ecritures, il y a des mots différents pour dire : « péché ». Le plus souvent, c’est « amartia » (en grec) qui renvoie aussi, par exemple, au fait qu’un archer manque sa cible. Il y a une erreur… Le proverbe courant est emblématique : « Errare humanum est » : se tromper est humain. Or, errare est bien la traduction latine du mot « péché ». Mais il renvoie davantage au registre de l’erreur (errer, errance…). On pourrait dire que pécher, c’est se tromper, prendre le mauvais chemin, s’engager dans une voie destructrice, sans issue. Ce qui est diabolique, c’est de persévérer… Notons que dans la bible Bayard, on a traduit par errance pour dire le péché. Et tout le monde en conviendra : l’errance est quelque chose d’extrêmement dangereux, quelque chose qui ne construit pas ; on est en train de prendre des mauvais chemins qui risquent de mener à la perte. On peut donc se tromper, mais si cela arrive plusieurs fois, il faut évidemment  commencer à se poser des questions. Rappelons tout de même que, dans la tradition chrétienne, pour qu’il y ait péché mortel, il faut qu’il y ait pleine connaissance, pleine conscience (je sais que c’est mal) et entier consentement (j’assume) et cela, dans une « matière grave ». Dans le cas d’un divorce, ces conditions ne sont pas nécessairement réunies !

Cela signifie qu’on touche ici à ce qui peut être une dérive majeure du christianisme : enserrer des erreurs réelles dans des fautes morales dont on doit non seulement assumer la responsabilité mais aussi la culpabilité. Or, il faut pouvoir distinguer ce qui est de mon FAIT ou de ma FAUTE (F. Dolto). Il y a bien sûr de mon fait dans cette histoire qui va s’arrêter ; je me reconnais partie prenante. Mais pour autant, je ne dois pas tomber du côté de la culpabilisation destructrice : je suis mauvais, nul, pervers, damné… Dans une séparation, il y a toujours la nécessaire reconnaissance d’une culpabilité (responsabilité), mais cela ne signifie pas qu’il faut entrer dans une culpabilisation qui est négative et destructive.

Le seuil entre les deux est aujourd’hui devenu savonneux… Nous sommes en effet dans une société où l’on cherche toujours un responsable (les marchands de cigarettes pour un cancer du poumon, les professeurs pour un échec scolaire). On accuse l’autre. C’est-à-dire que l’on refuse sa propre responsabilité. Les chrétiens eux-mêmes ne sont pas des anges ! Il est sain de reconnaître que oui, on se trompe souvent, qu’on n’est pas parfait…

Un exemple de cette confusion : dans la parabole des deux fils (malencontreusement appelée aussi : parabole du fils prodigue), on a le choix de lecture : soit on y voit une leçon de morale (le mauvais fils qui dilapide les biens de son père, le mauvais fils jaloux…), soit on y voit l’une des plus grandes illustrations de l’exclusion et de l’inclusion, ce qui me coupe des autres et ce qui me réintègre dans la relation. Or, selon la Bible, ce qui fait l’humain, ce sont les liens. Quitter la maison en emportant sa part, c’est briser le lien ; la jalousie refuse elle aussi le lien. Le père, lui, a le souci de retisser le lien ; tuer le veau gras, faire la fête est synonyme de réinsertion dans le lien. C’est donc une parabole de la joie retrouvée et non une parabole de triste moralisation.

La question du péché interroge au fond nos représentations. Il y a deux logiques de vie de foi :
-    la logique du mérite (récompenses, punitions, fautes sanctionnées mais en laissant des traces, des stigmates). Il faut que tout le monde sache ce que l’on a fait (c’est le pilori du Moyen-âge - et de la Chine actuelle). Dans cette logique, il faut que la honte se surajoute et s’attache à la faute, que nous portions le poids de notre faute tout au long de la vie. Dieu, lui, est parfait et nous ne pourrons jamais nous racheter. On peut lire ainsi l’interdiction faite aux personnes divorcées de refaire une seconde union et, si elles le font, interdiction de participer à la communion. C’est la stigmatisation, le « montrer du doigt ». C’est aussi l’inverse de la participation à la joie du pain partagé, du pardon, de la primauté des liens tissés. Cette logique - « tu as péché, tu dois payer » - est la logique des pharisiens, ces théologiens de l’époque de Jésus, gardiens de la loi…
Autre livre exemplaire à ce sujet : le livre de Job. Accablé de maux, Job ne demande plus qu’à mourir et convoque Dieu lui-même au tribunal. Il a des amis qui se font l’écho de ce qu’on dit dans la société : tu as certainement fait quelque chose, tu as péché, tu paies. Job parle moins que ses amis et ses paroles sont révolte, refus, expression d’une souffrance incompréhensible. A la fin du livre, Yahvé prend la parole. D’une part pour remettre à leur place les humains qui prétendent parler en son nom : que savez-vous de mes pensées ? ; d’autre part – coup de théâtre ! – pour justifier la parole de Job : c’est Job qui a bien parlé ! Job qui s’est mis en colère, qui s’est révolté contre Dieu et les discours moralisateurs de ses amis, est celui qui a bien parlé.
Dans le Nouveau Testament, lorsqu’on demande à Jésus : « qui a péché, lui ou ses parents ? » à propos de l’aveugle-né, Jésus répond : « personne ». On n’a pas à payer ses fautes. Jésus vient casser cette logique de la rétribution. La logique du Royaume de Dieu, dans le monde humain tel qu’il est déjà possible entre humains n’est pas la logique du mérite. Et pourtant, nous sommes pétris de cette logique du mérite : « c’est le petit Jésus qui t’a puni » entendu dans l’enfance et aujourd’hui ; « j’ai bien souffert, donc j’ai le droit de me venger ». Il faut que l’autre souffre à la hauteur de ma propre souffrance. Cela n’est pas la logique de l’Evangile.

-    Le chemin du salut, de la miséricorde (non pas d’abord après cette vie-ci mais déjà maintenant, car le royaume est en train de germer ici-bas). Le salut et la miséricorde sont pour maintenant. Cela n’exclut évidemment pas la justice : j’ai la responsabilité de ce que je fais (responsabilité = répondre de). Lorsque tu présentes ton offrande, va d’abord te réconcilier avec ton frère, dit Jésus. Sinon, tu paieras jusqu’au dernier denier. C’est-à-dire : si tu refuses la réconciliation, la place de chacun, d’essayer de vivre ensemble, alors tu choisis la logique de la justice humaine : chacun est en prison et doit payer jusqu’au dernier centime. Donnant-donnant… Dans un divorce, il y a souvent un moment où on est dans la controverse. Si on s’enferme alors dans la haine, les rancœurs, la destruction réciproque, aucun ne s’en sortira avant d’avoir payé jusqu’au dernier centime (et cela peut durer !). Il faut d’abord faire un « lâcher-prise ». La réconciliation commence lorsque j’accepte simplement que l’autre puisse vivre et moi aussi.
La logique du salut, de la miséricorde est une voie terriblement difficile. Encore une fois, si elle les transcende, elle n’exclut ni justice ni le repentir (« Je n’en peux plus, je me suis complètement fourvoyé », réfléchit le fils prodigue).
Dans la scène de la crucifixion, un des deux larrons reste enfermé dans la haine et la révolte ; l’autre commence par dire : « nous, c’est juste que nous soyons là » (= reconnaissance de la responsabilité) et se tourne vers Jésus (verbe qui exprime la conversion, l’adoption d’une autre attitude) en disant : « souviens-toi de moi ». Jésus lui répond : « aujourd’hui, tu seras avec moi », qui est une parole de miséricorde. Dieu ne peut rien pour celui qui demeure enfermé dans sa colère. La miséricorde ne s’impose  pas… A certains moments, rien ne peut pénétrer dans notre cœur ; il faut pour cela un lâcher-prise. On en trouve des échos dans les Ecritures.

Une des traductions possibles de la première béatitude, c’est : « Heureux les à bout de souffle », ou : « Heureux les pauvres de souffle », ceux qui sont privés du secours de l’Esprit (le pneuma – qui ne renvoie nullement à une pauvreté d’intelligence, comme on l’a parfois traduit !). Etre privé de souffle, être dans la nuit est pourtant un état de déréliction insupportable… De même : « Heureux ceux qui pleurent » (attention au masochisme : il ne s’agit pas là d’une sanctification de la souffrance !), ceux qui sont « par terre » (humiliés au premier sens du terme), car ils sont plus accessibles à la rencontre de l’autre. « Vous êtes malheureux, vous les riches, vous avez tout, vous croyez vous suffire à vous-mêmes… Si vous ignorez le pauvre, vous êtes complices du mal, vous êtes en enfer ».
« Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jn 3,20), c’est-à-dire : heureux celui qui ne se condamne pas lui-même.
Ces textes invitent à entrer dans un chemin de lâcher-prise, de douceur, de non-violence, à refuser d’entrer dans le cycle de la haine, de tout ce qui tue l’humain.

  Rappel : la « tradition » n’est pas un sac de plomb dans lequel chaque génération ajouterait son kilo de préceptes, dogmes, etc. C’est le fait de se transmettre quelque chose, comme le témoin que les coureurs se passent ou encore quelque chose d’important qu’on se lègue dans une famille.
La tradition chrétienne, donc, a toujours valorisé la place de la conscience personnelle. Thomas d’Aquin insistait déjà sur l’importance de suivre notre conscience, même si elle se trompe :
Croire au Christ est souvent en soi une chose bonne, mais c'est une faute morale que de croire au Christ si la raison estime que cet acte est mauvais, chacun doit obéir à sa conscience, même erronée.
                         Thomas d'Aquin (1a Ilae qu.19 art.5)

Et l’Eglise a toujours affirmé, jusqu’aujourd’hui, qu’elle ne peut se substituer à notre conscience.
C'est par sa conscience que l'homme perçoit et reconnaît les injonctions de la loi divine ; c'est elle qu'il est tenu de suivre fidèlement en toutes ses activités, pour parvenir à sa fin qui est Dieu. Il ne doit donc pas être contraint d'agir contre sa conscience
                            Décret Dignitatis humanae, I,

Cela ne signifie pas qu’il est bon de faire ce qu’on veut ; la conscience se doit d’être « éclairée », c’est-à-dire d’accepter de ne pas être sa seule source, de prendre en compte des avis différents, d’envisager d’autres angles de réflexion. Mais il reste que ces textes sur la place centrale de la conscience personnelle font partie du corps des référents théologiques d’aujourd’hui et peuvent aider à entrer dans la libération.


REVIVRE

« Revivre » évoque spontanément la résurrection (mot qui n’existe pas tel quel dans les Evangiles). Ressusciter est exprimé, en grec, par des verbes d’action : se réveiller, se relever, monter dans la gloire,  être près de Dieu.
Revivre, c’est d’abord, très simplement dire : voilà que je refais un projet… Je m’autorise à me faire plaisir, à regarder la vie avec plaisir. Et cela, on peut considérer que c’est un germe de résurrection. Le « Royaume de Dieu » parmi nous, c’est de pouvoir déjà expérimenter ce que nous espérons. Car la mort, même vivants, nous savons aussi déjà ce que c’est : on est englouti, tiré dans la non-vie, dans l’en bas...
J’ai la résurrection en moi, je peux revivre - le Royaume est déjà ici. Dieu ne nous laisse pas nous dépatouiller ici-bas, il ne nous impose pas un « pèlerinage dans une vallée de larmes », comme on disait autrefois. Il ne nous demande pas d’errer sur terre pour mériter l’au-delà. Même la résurrection, nous pouvons déjà la goûter maintenant.
La bonne nouvelle est que nous ne sommes pas seuls, abandonnés, enfermés dans l’échec, que Dieu descend jusque-là, jusqu’en nos enfers. Nous en sortirons sauvés, saufs de la destruction.
L’Evangile est d’une grande clarté là-dessus :

« Je ne suis pas venu pour juger le monde mais afin que le monde soit sauvé »
« Je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu »
(cette part en nous détruite, qui n’en peut plus)
« Je ne suis pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades ».
« Je suis le chemin… »
, la voie de vie pour ceux qui sont perdus, la voix qui leur rend souffle.

Dans l’Evangile, le glaive qui sépare la « vie » et la « mort » ne passe plus entre bons et mauvais, mais à l’intérieur de tout : qu’est-ce qui, en nous, dans nos relations, dans le monde, donne vie ? Qu’est-ce qui fait mourir ? Dieu, lui, est toujours du côté de la vie.

La mort de Jésus est un échec insupportable, surtout pour ses disciples ; il est trahi, abandonné par ses amis, humilié… C’est la révélation d’un Dieu qui traverse l’expérience humaine la plus douloureuse, qui traverse l’échec. « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » : cri de détresse qui est celui de l’humain privé de tout, y compris du Dieu en qui il mettait toute sa confiance.

Mais alors, comment en sortir ? Qu’est-ce qui permet de traverser cela ? La voie de l’amour (agapè, différent du sentiment, relève du « vouloir »), de la charité (mot piégé !). Le cœur, dans la Bible, est le siège de la volonté (qui n’est pas non plus un volontarisme froid !). C’est ce qui permet de  rendre audible, hors perversion, une parole comme : « Aimez vos ennemis » ; elle est à entendre comme : ayez cette attitude fondamentale de vouloir que l’autre – n’importe quel autre – soit sauf, qu’il vive, qu’il puisse vivre aussi… Il faut du temps, temps du mûrissement, pour pouvoir regarder sans haine l’autre, qui reste peut-être mon ennemi,  pour ne pas souhaiter sa mort, ni que lui aussi fasse de même… C’est une ascèse, un chemin intérieur infiniment plus difficile que la logique du mérite ; il faut laisser le temps du deuil.

La voie nouvelle indiquée par Jésus c’est« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34), c’est-à-dire d’un amour qui ne se reprend pas, qui va jusqu’au don de sa vie (plutôt mourir que de renier cet amour). On peut se sentir écrasé par un tel appel ; mais c’est un chemin accessible. L’Evangile témoigne de ce que nous sommes l’objet de cette sollicitude de Dieu, que la capacité nous en est donnée si nous la demandons avec confiance. C’est un au-delà de l’échec. Une bonne vie peut resurgir de la mort. Notre Dieu est un Dieu de vie.
« Suis-moi et laisse les morts enterrer les morts » (Mt 8,22) : reste du côté de la vie.

Il arrive à certains de ne goûter que l'absence et l'épreuve. Si quelqu'un se trouve alors sans Dieu, sans pensée, sans images, sans mots, reste du moins pour lui ce lieu de vérité : aimer son frère, qu'il voit. S'il ne parvient pas à aimer, parce qu'il est noué dans sa détresse, seul, amer, affolé, reste du moins ceci : de désirer l'amour. Et si même ce désir lui est inaccessible, à cause de la tristesse et la cruauté où il est comme englouti, reste encore qu'il peut désirer de désirer l'amour. Et il se peut que ce désir humilié, justement parce qu'il a perdu toute prétention, touche le cœur de la divine tendresse.
Ce n'est pas sur ce que tu as été ni sur ce que tu es que te juge la miséricorde. C'est sur ce que tu as désir d'être. Il n'y a pas d'homme condamné.

M. BELLET, Incipit, 1992
Mis à jour ( Lundi, 30 Mars 2009 20:15 )