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Obéir à l'église?

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Que ce soit lors d’un week-end ou ailleurs, la question nous est souvent posée : « Ce que vous nous dites, est-ce bien l’enseignement de l’Eglise ? Ne dites-vous pas autre chose ? » Cette réflexion amène tout de suite une première question : c’est quoi l’Eglise ? Ou plutôt : c’est qui ? Spontanément, nous pensons que l’Eglise se résume à sa hiérarchie : pape, cardinaux, évêques. Nous commettons cette erreur tout simplement parce que c’est ainsi que s’expriment les médias.  

1. L’Eglise dit que…

Mais aussi parce qu’habituellement c’est ainsi que s’exprime la hiérarchie… Ainsi, en tête d’une règle, d’une consigne, d’une interdiction, nous lisons quasi toujours : L’Eglise enseigne… L’Eglise affirme… L’Eglise interdit… Une question toute simple vient alors à l’esprit : y a-t-il eu une consultation du peuple chrétien qui permettrait à l’autorité de parler en son nom ? Évidemment non.  Bien sûr, il est tout à fait légitime et même nécessaire qu’une autorité s’exprime mais alors qu’elle soit claire et dise : l’autorité de l’Eglise enseigne, affirme, interdit… Et ce qu’une autorité affirme est à prendre au sérieux. Évidemment. Mais prendre au sérieux n’a jamais voulu dire : obéir les yeux fermés !

L’autorité, qui, comme tout chrétien, fait partie du peuple de Dieu, a comme mission particulière d’être à son service. Le grand document sur l’Eglise, publié lors de Vatican II, l’affirme avec force, citant une parole de l’évêque saint Augustin (354 – 430) adressée aux chrétiens de son diocèse : « Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien ».

 

2. De quoi parle-t-on ?

Un autre point concerne le sujet abordé par l’autorité. Une chose est de proposer une réflexion sur Jésus Christ, centre de notre foi, autre chose est de traiter d’économie, de société, de sexualité, voire de préservatifs… Dans le premier cas, l’autorité précise un aspect essentiel de notre foi, à partir des Ecritures et de la grande Tradition de l’Eglise, dans le second, elle donne une opinion. Qui sera, je le répète, à prendre au sérieux mais de manière relative. D’autres opinions peuvent exister. Peut-être meilleures.

 

3. Il  y a enseignement et enseignement.

Il faut reconnaître en effet qu’au cours des siècles, les évêques et les papes, s’ils ont pu dire des choses fondamentales et parfois être de véritables saints, ont aussi pu exprimer des énormités à oublier au plus vite. Pensons au Pape Pie IX qui, au cours du XIXe siècle, s’est élevé avec force contre la liberté de conscience, la démocratie, le pluralisme ! Sans oublier, au cours des siècles précédents, les appels au meurtre, lors des Croisades, des guerres de Religion, de l’Inquisition. Sans oublier non plus qu’au XIVe siècle, pendant  une vingtaine d’années, il y eut simultanément trois papes !

 

4. Un enseignement oublié : celui de la conscience.

C’est ici qu’intervient une réalité tout à fait essentielle dans la vie humaine et chrétienne. En effet si depuis ses débuts, l'Église a édicté des lois, elle a en même temps toujours reconnu que ses lois n'ont jamais un caractère absolu. Que chacun a le devoir d’interpréter. Ajoutant qu'au-dessus des lois, il y a un principe directeur, qui, lui, est absolu : la conscience. Voici ce qu'en dit un autre document du Concile Vatican II (Gaudium et Spes, au numéro 16) :

 

"Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donnée à lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d'aimer et d'accomplir le bien et d'éviter le mal, au moment opportun résonne dans l'intimité de son coeur : « fais ceci, évite cela ». Car c'est une loi  inscrite par Dieu au coeur de l'homme ;  sa dignité est de lui obéir, et c'est elle qui le jugera.

La conscience est le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre."

 

En 1987, les évêque de Belgique publiaient le « Livre de la foi » dans lequel ils traitaient de la conscience dans les mêmes termes. Ils précisaient :

 

"S'il est vrai que chacun doit suivre sa conscience, chacun est tenu en conscience de s'informer afin de ne pas agir à l'aveuglette (...) Suivre sa conscience, c'est découvrir les profondes exigences de la vie personnelle et de la vocation et les assumer personnellement." (page 166)

 

5. Un autre enseignement oublié : la formation de la conscience.

Suivaient des conseils pour former sa conscience : se mettre à l'écoute de la Parole de Dieu, de la communauté ecclésiale et de la communauté humaine, étudier tous les aspects d'un problème, faire l’effort de bien connaître telle loi, sans préjugé ni oeillères, prier, demander conseil, etc. Il ne s’agit donc nullement de n'écouter que ses caprices. C'est agir selon ce que je crois que Dieu attend de moi. Sachant qu'un jour, pour y arriver, il me faudra trancher : ou décider de suivre telle loi ou décider de la transgresser. Avec cette donnée, qui ne facilite pas les choses, que l'un peut très bien « en conscience » observer telle loi tandis qu’un autre toujours « en conscience » peut très bien la transgresser !  Ce qui est commun aux deux c'est d'avoir obéi à leur conscience.

 

Petite conclusion : un immense regret.

Je regrette profondément que la hiérarchie ne reconnaisse quasi jamais que l’Eglise c’est le peuple de Dieu, l’ensemble des communautés chrétiennes et des chrétiens qui se réunissent au nom de Jésus ressuscité. Comme je regrette aussi qu’elle ne parle pratiquement jamais de cet élément essentiel qu’est la conscience, notamment en rappelant les conseils ci-dessus et bien d’autres. Ainsi elle continue à répéter, aujourd’hui encore, sa fameuse loi qui interdit la communion aux personnes divorcées remariées. N’est-il pas  malhonnête, je pèse le mot, de rappeler cette règle sans, en même temps, aborder la question de la conscience ?

 

Henri Weber, membre du Groupe Pastoral d’Accompagnement des personnes séparées et divorcées au Brabant Wallon.

Mis à jour ( Mercredi, 19 Août 2009 15:36 )