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Ce samedi 15 octobre, Geneviève Schifflers nous a invités à prendre soin de notre blessure.... Voici l'essentiel de son intervention.

 

Introduction

 

Lors de la préparation de ces journées, plusieurs réflexions me sont venues à l’esprit :

  • La première se résume en un mot : la confiance.

    La présence de chacun, tant du côté des organisateurs que du côté des participants, est basée sur ce socle commun. Chacun à notre façon, ici, nous prenons le risque de faire confiance. Vous, qui avez choisi de venir pour deux jours ici, les organisateurs qui croient en la réussite de ce weekend et qui m'ont laissé carte blanche. Pour ma part, j'ai confiance en l'équipe que je connais depuis quelques années déjà. J’ai confiance en la qualité de leur réflexion basée sur des expériences vécues et en leurs motivations, riches en humanité et en respect.

  • Une deuxième réflexion : les partages d’expériences en ateliers conviennent particulièrement bien pour aborder ce sujet. Je m'appuie pour affirmer cela sur mon expérience des groupes. Lorsque des personnes acceptent de s’arrêter pour mettre leurs bagages en commun, et pour partager leur questionnement, ils reprennent la route plus légers et mieux outillés. Je l’ai maintes fois vécu tant à titre personnel qu’à titre professionnel. Le travail de groupe peut être particulièrement porteur quand un cadre de respect mutuel, de non jugement et de discrétion est solidement mis en place. Et, j'ai confiance, c'est le cas ici.

  •  La troisième réflexion revêt plutôt la forme d’une question « Que pourrais-je apporter ? » et relève, face à ce thème sensible, d’un constat d’impuissance. Personne ne traverse une séparation, un divorce sans blessure. Vous transportez dans vos valises un vécu douloureux et son poids de souffrances. Face à des personnes blessées, rien de ce que je pourrais dire, aucun conseil n’a de réel pouvoir.

« Je ne peux pas ôter ta blessure, je n’ai à t’offrir que mon impuissance. »
 

 

Un exposé pour dire quoi ?


Ma profession me donne d’être témoin d’histoires de vie douloureuses. J’écoute et mon écoute me confronte parfois à des souffrances telles qu’elles dépassent mon entendement.

Pourtant, de cette confrontation quotidienne, je retire une certitude joyeuse et émerveillée : l’Etre Humain est capable de traverser sa souffrance, il est capable de cicatriser et même de grandir encore. Il est capable de lui donner sens.


Je crois profondément aux propriétés curatrices de l'écoute.

  • Pas n'importe quelle écoute : l'écoute « non-jugeante » qui accueille l'autre tel qu'il est dans sa liberté d'être.
  • Pas n'importe quelle écoute : l'écoute de celui qui accepte sa propre impuissance et qui croit en l'autre, qui croit en son chemin de guérison.


En effet, qui peut guérir sans croire un tant soit peu en la guérison, ou sans être soutenu par la confiance d'un autre?

Nous voilà revenu à ce mot de confiance... Dans l écoute réciproque, nous pouvons nous offrir les uns aux autres des petits paquets cadeaux de confiance... ils font des miracles !


J’ignore comment soigner vos blessures mais je désire vous dire que c’est possible.

C’est pourquoi, je désire vous partager ce qui, à la relecture de mon propre cheminement, a été et reste toujours pour moi outil de guérison.


Je vous propose dès lors de réfléchir ensemble aux questions suivantes

  • Qu’est-ce qui favorise le processus de cicatrisation ?

  • A contrario, qu’est-ce qui le freine ?

 

Pour tenter de répondre à ces questions, je ferai un détour par quelques règles de base de la communication entre les personnes, quelques « lois » qui régissent les relations humaines et qui éclaireront notre réflexion.
 
 

 

Quelques outils de communication.


Dans sa méthode ESPERE, Jacques SALOME a synthétisé de façon imagée bon nombre de règles de « santé relationnelle ». Il m’arrive souvent de les transmettre car elles ont le mérite de la clarté. Il est possible de se les approprier et de devenir l’artisan de sa propre santé.


L’Etre humain est un être de relation.

 

Sans relation, il ne naît pas à lui-même.

pas de JE sans TU.


Pas de relation sans communication


L’Etre humain est un être de relation et de parole.

 


Entre MOI et L’AUTRE,  la relation est vivante



JE suis responsable à mon bout de ce que

je dis, exprime,

ressens ou fais


Je peux choisir de prendre soin de la relation et inviter l’autre à faire pareil


  • Comment est-ce que je nourris la relation ?

  • Comment est-ce que je pollue la relation







La relation est vivante

Elle peut se développer ou dépérir

Elle peut être nourrie ou polluée


L’AUTRE est responsable à son bout de ce qu’il

dit, exprime,

ressent ou fait


Comment nourrir une relation ?


Je nourris si :

Il faut un équilibre entre

Je pollue si :

J’offre

DONNER

J’impose

J’accueille

RECEVOIR

Je prends

J’appose

REFUSER

J’oppose

Je propose

DEMANDER

J’exige


Ces « lois de santé relationnelle » s’appliquent à la relation à soi-même. Je vous invite à les transposer dans la réflexion qui suit.

 


Comment favoriser la cicatrisation ?


1. Oser y croire

Se sentir submergé par la souffrance, n’avoir d’autre horizon qu’elle, ne plus pouvoir concevoir d’en sortir, avoir peur … et, quelque part du plus profond de nous même, ou, là tout près dans une parole, dans un geste amical il nous est dit « si, tu t’en sortiras, tu peux traverser ! »

Un être humain qui a reçu un coup de couteau au cœur, qui souffre d’une douleur morale peut guérir, j’en suis convaincue; je ne pourrais exercer mon métier sans cette conviction profonde.

Mais quels chemins emprunter pour guérir ?

Pour répondre à cette question je propose d’utiliser la métaphore « blessure psychique - blessure physique. » Notre corps a des capacités merveilleuses de cicatrisation, notre psychisme, notre cœur aussi !

 

2. Accepter que la blessure saigne 

« J’ai mal, je me sens mal, je suis à bout », s’il en est ainsi, c’est qu’il y a de quoi ! A quoi bon nier mon ressenti ? Encore faut-il reconnaître la profondeur de ma souffrance et me donner le droit de l’éprouver…

Trop souvent le droit de ressentir de la souffrance est dénié. Pourtant il ne s’agit pas de s’apitoyer mais d’avoir de la compassion pour soi-même. J’accueille donc cet être souffrant que je suis sans porter de jugement sur sa douleur.

Dans un passé plus ou moins proche, vous avez vécu un tremblement de terre, un séisme d'une magnitude que vous seuls pouvez qualifier. Vous êtes peut-être encore en état de choc, ne comprenant pas ce qui vient de se passer. Ou alors, êtes-vous dans un champ de ruine, tentant de réaliser l'étendue des dégâts.

Peut-être, avez-vous déjà commencé à déblayer, avec ou sans aide.

Peut-être, la colère vous a-t-elle remis debout ou l’amour pour vos enfants vous fait mettre un pied devant l'autre.

Peut-être des gestes d'amitié, de solidarité vous aident-ils à oser espérer et à vivre un jour à la fois.

Peut-être, une force, venue du fond de vous, vous étonne-t-elle et vous fait « tenir le coup ».

Peut-être avez-vous eu le temps de vous libérer des ruines et envisagez vous de reconstruire avec ce mélange inconfortable d'espoirs et d'inquiétudes.

Peut-être êtes-vous en reconstruction et cherchez-vous des pistes.

J'ignore où vous en êtes sur ce chemin mais je sais que c'est un chemin qui fait mal.

 

3. Nettoyer la plaie

En poursuivant la métaphore, il s’agit là d’exprimer sa souffrance, autrement dit, de la mettre à l’extérieur de soi.

Lorsqu’un être humain a mal, il éprouve le besoin d’être accueilli et reconnu dans sa souffrance. Les anciens enfants que nous sommes devraient le savoir ! Mais, encore faut-il, en tant qu’adulte, s’en donner l’autorisation ! Pas si facile de dire : « j’ai le droit d’être blessé et de le dire, de pleurer, de crier ma révolte. ».

Et pourtant :

  • Vouloir trop vite colmater la blessure, la minimiser, la cacher, c’est augmenter les risques de complication et de surinfection.

  • Quand je refuse de craquer, j’intensifie ma souffrance et j’exige de moi des forces que je n’ai plus, je risque d’autant plus l’effondrement ou l’explosion.

Ce dont j’ai besoin dans ces moments là, c’est tout simplement de présence. Quand la douleur est intense, une disponibilité, une écoute, un accueil me permettent de nettoyer la plaie avec des mots, avec des larmes... La compassion ne supprime pas la blessure mais l’apaise peu à peu. Elle réveille les capacités de cicatrisation et agit comme un désinfectant.
  • A contrario, les censures, les jugements culpabilisants, les comparaisons sont autant de sources d’infection : «  je ne peux pas me plaindre, je suis un poids pour les autres, j’aurais dû le savoir,… ».

Face à notre détresse, certaines personnes ne savent que faire, pleines de bonne volonté, elles nous abreuvent de conseils, de solutions, de « tu devrais » et autres « tu n’as qu’à ». D’autres croient utile de nous changer les idées à tout prix, gommant tant que possible l’expression de la douleur qui les déstabilise.

 

Néanmoins, il y a autour de nous des personnes qui désirent véritablement accueillir notre désarroi et qui nous offrent leur écoute, leur amitié. Allons vers eux, ils en seront heureux.

Offrons ce cadeau : ouvrons-nous à ceux qui nous veulent et nous font du bien.

 

4. Faire cesser les causes de la blessure

« Je dis non à ce qui me blesse. » Comme notre corps rejette ou combat ce qui lui nuit, notre colère rejette la cause de nos blessures. La douleur éveille notre colère, c’est une réaction normale, saine !

Mais, comme il est difficile parfois de la sentir monter en soi ! Comme elle fait peur cette énergie vitale qui surgit face à l’agression : elle ressemble tant à la violence ! Et pourtant cette colère est légitime. J’ai été blessé, j’ai subi une violence, ma colère dénonce le mal qui m’a été fait et le rejette.

Ma colère peut dénoncer le mal avec force, elle ne fera pas violence à quelqu’un pour autant.

  • Ma colère accueillie comme une alliée, m’aidera à repousser ce qui me fait mal.

  • Il m’est possible de la canaliser sans nuire à qui me fait mal, sans entrer dans le cycle de la vengeance.

  • Si je combats ma colère au lieu de combattre avec elle, elle trouvera son chemin toute seule, elle explosera ou implosera.

     

      5. Ne pas se crisper ou se raidir contre la situation douloureuse

Je fais face à une réalité que je suis impuissant(e) à changer. Je peux faire face, traverser les turbulences et peu à peu atteindre les rives de l’apaisement

Peu à peu…

L’épreuve et ses conséquences blessantes sont des réalités, me raidir contre elles, taper contre le mur du réel me blesserait d’avantage.

Ainsi, je suis face à la réalité de l’autre : il est comme il est, dans sa liberté d’être. J’accepte ce fait : je ne cautionne pas la situation mais je la constate.

 

6. Ne pas manipuler la blessure

« Je dis stop au ressassement ! » Je dis stop à ces pensées inutiles qui retournent le couteau dans la plaie.

  • Quand je décortique le passé pour comprendre les motivations, les intentions qui appartiennent à l’autre et auxquelles je n’ai pas accès,

  • quand je passe et repasse le film douloureux des évènements et que je tente en imagination d’en modifier le déroulement,

  • quand je ressasse...           En fait… je me torture...

Il est très difficile d’endiguer ce flot de pensées mais si, régulièrement, je lui fais barrage, progressivement, il prendra un autre cours.

Peu à peu…

 

7. Repos, nourriture saine

Quand mon corps est blessé, je lui évite les efforts inutiles; je lui offre du repos, une nourriture saine et adaptée; bref, je prends soin de lui.

Pourquoi n’en serait-il pas de même sur le plan psychique et affectif ?

Je peux veiller plus particulièrement à ma « nourriture relationnelle » mais aussi rechercher tout ce qui m’apaise et me fait du bien dans tous les domaines.

De toute façon, mon organisme a encaissé le coup lui aussi, les chocs émotionnels entraînent une réelle fatigue physique et souvent d’autres perturbations.

Et réciproquement, la fatigue exacerbe les émotions douloureuses.

Il est urgent de me considérer en convalescence !

 

 8. Laisser le temps au temps

 Vivre une séparation, c’est traverser un deuil.

L’hiver du deuil prend du temps. Le fuir c'est l'enfouir au fond de soi et retarder l'éveil du printemps.

Traverser l'hiver, c'est possible,

peu à peu…

si je crois au printemps!

 

9. Apprendre à connaitre sa blessure, écouter ce qu’elle enseigne

« Au travers de cette épreuve, j’apprends à mieux me connaitre. »

Si ruminer de façon stérile épuise mon énergie, relire les évènements passés dans la distance m’éclaire et me permet d’accéder à une plus grande conscience de moi-même. Pour parvenir au recul nécessaire, il me faudra du temps et de l’écoute.

Peu à peu j’en découvrirai plus…

sur ma vulnérabilité et donc sur mes capacités d’Etre sensible

sur mes forces et donc sur la force de Vie qui m’habite

sur ma façon d’être en relation, sur mes besoins relationnels

sur d’anciennes blessures négligées que celles d’aujourd’hui ont mises à jour

 

L’épreuve, tout comme un tremblement de terre a ouvert une brèche en moi, ma perception du monde, de moi-même, des autres, mes certitudes ont été ébranlées ou se sont écroulées.

Vient le temps de la reconstruction. S’ouvre alors à moi l’opportunité de me reconstruire sur des bases qui correspondent mieux à mon Etre profond.

 

En marchant sur les chemins de l'enfance, nous avons été blessés aux pieds, blessures plus ou moins graves, mais inévitables. Le jour où je choisis « chaussure à    mon pied », comme par hasard, cette « chaussure », cette relation appuie sur la blessure... de plus en plus fort. (métaphore de Guy Corneau)

Oui, la vie a l'art de resservir les plats. De la même façon, nos choix inconscients portent sur la personne qui réveillera particulièrement en nous l'histoire inachevée.

Dans ma pratique, j'ai été souvent témoin de ce mécanisme douloureux, je pense même que tous les couples traversent des crises liées à cela et je le reconnais en moi lorsque je relis mon vécu de couple.

Nous pouvons accuser la chaussure, nous en défaire (ou inversement) mais la seule attitude qui permet d'aller de l'avant, de se tourner vers l'avenir, consiste à se demander: comment prendre soin de ma(es) blessure(s), de mon(es) manque(s). Sinon le risque est grand de recommencer le même type de scénario.


Avec les personnes qui viennent en consultation, j'utilise beaucoup la métaphore de l'enfant intérieur.

Qui sont ces enfants intérieurs ? Ils vivent en nous, ces parts de nous-même blessées à un moment ou l'autre de notre histoire, ou encore incomprises ou tout simplement méconnues, non-reconnues. Elles sont restées là, enfouies au fond de nous, grandissant peu, enfermées dans un placard ou dans une cave de notre conscience, surgissant par moments sous forme d'émotions qui nous envahissent, de comportements qui nous déconcertent, qui nous dérangent ou même que nous détestons.

Nous n'aimons pas les laisser venir à nous, avec leur cortège de tristesse, de colère et de souvenirs douloureux. Pourtant, à chaque fois quand il me fut donné d'en rencontrer un grâce à la confiance et au courage de la personne venue consulter, à chaque fois, ce fut un émerveillement. Un émerveillement pour moi et plus important, pour la personne elle-même, une découverte et une rencontre émouvante, une réconciliation apaisante et enfin un pardon qui conduit à plus de confiance en soi et dans les autres.

Je ne suis pas venue vous persuader d'entamer une thérapie: l'enfant intérieur nous pouvons tous apprendre à l'entendre, à l'accueillir par nous-même, nous avons des proches qui par leur non-jugement sont prêts à lui ouvrir les bras. Avant tout, ne le jugeons pas, ne le laissons pas juger ni être jugé, accueillons-le avec ces travers et peu à peu il nous révélera les potentiels que la vie a cachés en lui. Le vilain petit canard de notre solitude devient alors un cygne qui ne craint plus d'aller vers les autres et de se laisser aimer d'eux.

 



La relecture permet de passer

De l’état de victime d’un évènement ... à celui d’acteur de ma propre vie


La relecture permet de transformer

L’évènement extérieur destructeur ... en chemin de croissance intérieur


La relecture permet de rendre ma blessure fertile et ma guérison contagieuse

La relecture suscite l’émergence du sens



Conclusion


Lors du tremblement de terre, vous avez cru que la vie s'arrêtait, puis, vous n'avez plus vraiment vécu, vous avez survécu ! Parmi vous certains ont déjà franchi des étapes de guérison.

Partagez, échangez, contaminez les autres …

et maintenant, c’est à vous !




Mis à jour ( Dimanche, 23 Octobre 2011 16:16 )